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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Homélie Mercredi des Cendres 2010 – Des cendres pour la croissance

dominicanus #Année C (2009 - 2010)


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Les cendres de ce jour nous rappellent une des phrases les plus célèbres de la Bible :


« Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retournera en poussière. » (cf. Gn 3, 19)


Dans la perspective du monde qui nous entoure, ce rappel a quelque chose d’étrange, bien que fascinant. Le caractère étrange de cette tradition, dans la perspective du monde, est très révélateur de notre culture, et aussi de la sagesse de l’Eglise. Les cendres nous rappellent que nous devons tous mourir. Nous sommes mortels. Les appels à la conversion dans les lectures de ce jour vont dans le même sens : la vie que nous menons sur cette terre n’est pas sans fin, et donc, nous devons prendre nos responsabilités et vivre selon les intentions de Dieu. Sinon nous échouerons ; nous ne parviendrons pas à notre destination finale : la vie éternelle.


C’est une pensée naturelle pour chaque chrétien, et une source de force pour rester fidèle dans les difficultés, au lieu de choisir les solutions de facilité. Pour le monde qui nous entoure, par contre, la vie sur terre est tout ce qui compte, et la mort… n’y pensons pas. Mettons les personnes âgées dans des maisons de repos et ne leur rendons pas trop de visites ; légalisons le suicide assisté, parce que "quand on ne peut plus", on ne peut plus profiter de la vie ; laissons à des spécialistes le soin de tuer nos bébés dans le sein maternel pour nous décharger de nos responsabilités pour la vie ou la mort ; utilisons des moyens de contraception, même si c’est contraire au projet de Dieu sur l’amour humain, pour empêcher la fécondation même.   Ce ne sont que quelques exemples de tragédies qui surviennent quand nous perdons de vue le vrai sens de la vie et de la mort.


Aujourd’hui, réfléchissons à la signification de ces cendres, au sens chrétien de la mort, pour être mieux à même de vivre en accord avec le sens de la vie.


Montserrat est une île des Caraïbes, située à env. 300 kilomètres au nord de la Martinique. Le 25 juillet 1997, le dôme de lave de la Soufrière, qui grossissait depuis deux ans à l'intérieur de l'English Crater explose et tue 20 personnes. Près des deux tiers des 12 000 habitants s'exilent sur les îles voisines ou ailleurs. Les autres déménagent au nord, une zone protégée par la chaîne des Centre Hills (730 mètres). La Soufrière de Montserrat est en éruption depuis le 15 avril 2005. Une nouvelle explosion s’est produite le 11 février 2010 provoquant des nuées ardentes et un panache de cendres qui a atteint une altitude supérieure à 10 km pour se disperser à la Guadeloupe, et même à la Martinique !


Ma paroisse est située aux pieds d’un autre volcan (eh oui… !), la Montagne Pelée. En 1902 une eruption causa la mort tout alentour, mais aussi la vie, puisque les cendres ont rendu la terre très fertile. La dernière éruption date de 1929.


Il y a quelques années, le Washington Times a publié un article au sujet d’une curieux problème écologique en Ecosse. Les sommets des montagnes écossaises sont devenus des endroits très prisés pour répandre les cendres des défunts. Des amoureux de la nature et des admirateurs des montagnes pittoresques ont exprimé le désir dans leurs dernières volontés qu’à leur mort leurs cendres soient répandues au sommet de leur montagne préférée. Le problème est que ces cendres sont un excellent engrais. Le résultat, c’est que la végétation des sommets les plus prisés est devenue tellement dense que l’équilibre écologique est menacé.


Cet étrange phénomène illustre deux choses au sujet des cendres en relation avec la signification du mercredi des cendres.

 

D’abord, cela montre que les cendres favorisent la croissance. Les cendres de Montserrat, de Martinique et d’Ecosse favorisent une croissance biologique. La loi de la nature est qu’il n’y a pas de vie sans mort. La loi surnaturelle, la loi de la grâce, est qu’il n’y a pas de croissance spirituelle sans renoncement, pas de résurrection sans croix. Nous devons dire non au mal, aux instincts égocentriques pour pouvoir suivre la voie du vrai bonheur : l’amour de Dieu et l’amour du prochain.


Ensuite, cela montre que notre culture est en train d’oublier le message du Christ que, lors du Jugement Dernier, nous ressusciterons pour la vie éternelle. C’est la raison pour laquelle l’Eglise préfère que les chrétiens n’aient pas recours à la crémation des défunts. Des funérailles normales expriment plus clairement notre espérance de la résurrection de la chair.


La mort et la vie : dans le Christ nous connaissons la signification de l’une et de l’autre. Ce n’est que dans cette perspective que l’habitude de renoncer à quelque chose durant le Carême a un sens.


En renonçant à quelque chose que nous aimons, une satisfaction parfaitement légitime, nous exerçons notre foi qui dit que la vie d’ici-bas n’est pas tout.


Nous nous souvenons que nous ne pouvons pas parvenir au but dans lequel nous avons été créés en cherchant à vivre sur la terre comme au paradis.


Nous exprimons aussi notre confiance en Dieu, dans sa révélation au sujet du sens de la vie et de la mort. Notre renoncement n’aurait pas de sens si nous ne croyions pas à la Royauté du Christ. Renoncer à quelque chose pendant le Carême nous permet de montrer notre vénération pour Dieu, notre Créateur et notre Rédempteur.

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