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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Homélie 4e Dimanche du Carême A 2011 – La foi chrétienne n’est pas une religion parmi d’autres

dominicanus #Année A (2010 - 2011)

 

 

4 careme A ev

 

 

Notre culture a tendance à considérer que la religion relève de la sphère privée. Elle nous dit que les croyances religieuses ne sont pas objectivement vraies, comme le sont les lois scientifiques. La religion peut bien apporter un réconfort à certains, mais c’est d’un ordre purement subjectif. Tout comme certains se détendent avec une tasse de thé de tilleul, tandis que d’autres préfèrent se relaxer avec l’arôme du café, ainsi certains trouvent du réconfort dans Mohammed, d’autres en Bouddha, d’autres encore en Jésus Christ. Au fond, c’est la même chose, nous dit la culture ambiante.

C’est un point de vue assez séduisant, qui a l’apparence de la tolérance. Il est tellement séduisant que, même parmi nous qui sommes ici aujourd’hui – le petit pourcentage de catholiques du monde occidental qui vont encore à la messe – même nous, nous ne manquons pas d’être affectés par cette dévaluation de la foi chrétienne. N’est-ce pas la raison pour laquelle nous sommes si peu enclins à partager notre foi avec ceux qui nous entourent ? D’ailleurs, nous sommes embarrassés par ce que nous sommes supposés croire. Alors nous préférons ne pas en faire mention ou essayer de donner des explications. Après tout, nous disons-nous, nous ne voulons pas imposer notre foi aux autres.

Mais Mohammet n’est pas mort sur une croix pour réparer nos péchés. Il n’en avait même pas la prétention. Bouddha n’est pas ressuscité des morts pour prouver qu’il était capable de donner la vie éternelle en récompense. Il n’en avait même pas la prétention. Alors que nous approchons de la semaine la plus sainte de l’année – la "Semaine Sainte" – l’Eglise nous rappelle, une fois de plus, qui est vraiment Jésus :

 

  • -       Le « Fils de l’Homme » - le titre que donne l’Ancien Testament au Messie promis, le Sauveur du monde ;
  • -       La « Lumière du Monde » - la seule qui puisse vaincre - et qui vainc effectivement - les ténèbres du péché.

 

Voilà le message que l’Eglise nous remet en mémoire aujourd’hui, et nous en avons bien besoin, n’est-ce pas ?.

Dans l’Evangile de ce jour, Jésus revendique clairement son identité unique en paroles et en actes. En actes, il fait deux choses. D’abord, il défie les lois sacrées du Sabbat. Aucun travail, aucune guérison n’était autorisée le jour du Sabbat, selon la loi juive en vigueur. Or prendre de la terre pour en faire de la boue, pour l’appliquer sur les yeux de quelqu’un, c’est un travail. Ce faisant, Jésus montre que son autorité était supérieure à celle des Pharisiens et des Scribes qui avaient édicté ces lois, et même, qu’elle était égale à celle de Dieu, puisque Dieu lui-même avait fait du repos du Sabbat un commandement.

Deuxièmement, il guérit un aveugle-né. Comme le dira l’aveugle lui-même, on n’a jamais entendu dire pareille chose. C’était un miracle sans précédent qui montrait clairement l’action divine.

Et pour que personne ne puisse s’y méprendre, Jésus explique le sens de ces actions en paroles.

 

  • -       Il s’attribue à lui-même le titre messianique de « Fils de l’Homme ».
  • -       Il se dit lui-même la « Lumière du monde ».
  • -       Et il dit explicitement que son miracle est une révélation de la gloire de Dieu.

 

Pour quiconque lit ce passage avec honnêteté, il n’y a aucun doute sur le fait que Jésus prétend être plus qu’un prophète, un maître ou un gourou parmi d’autres. Il revendique le rang de Dieu, de Dieu fait homme.

Mais il y a d’autres détails de cette scène qui permettent d’aller plus loin encore dans la révélation de la nature et de la mission divines du Christ.

D’abord, Jésus envoie l’homme se laver dans la piscine de Siloé. La fin de la fête des Tentes (qui durait huit jours) était toute proche au moment où Jésus accomplit ce miracle. Cette fête comportait une cérémonie impressionnante qui commémorait l’eau que Moïse avait fait jaillir du rocher au cours de la traversée du désert d’Israël. Au cours de cette cérémonie, de grandes quantités d’eau étaient versées sur la pierre de l’autel qui se trouvait dans la cour intérieure du Temple, à tel point que l’eau coulait à travers le Temple tout entier. Cette eau cérémonielle était puisée à la piscine de Siloé, un bassin artificiel, alimenté uniquement par la seule source d’eau de la ville de Jérusalem. Cette source se trouvait à l’extérieur des murs de la ville, et c’est de là que l’eau était "envoyée" vers le piscine à travers un long tunnel creusé à grand peine dans le roc.

La Fête des Tentes comportait aussi une cérémonie grandiose de lumière. Tout le complexe du Temple, situé au sommet d’une colline à l’intérieur de la ville, était illuminé en pleine nuit, si bien qu’il pouvait être vu des kilomètres à la ronde. Cette cérémonie rappelait, elle, la Colonne de Lumière qui avait guidé les Israélites durant la nuit tout au long des quarante années de leur traversée du désert vers la Terre Promise.

C’est dans ce contexte-là que le miracle de Jésus révèle que la puissance qui est à l’œuvre en lui est la même que celle qui avait façonné et libéré le peuple d’Israël au temps de Moïse – la puissance du SEIGNEUR Dieu. Jésus est le nouveau Moïse, le Messie promis. Avec l’eau du rocher, il assouvit les hommes qui ont soif de liberté et de plénitude, et il illumine la voie de l’Exode spirituel qui conduit à l’amitié divine par la foi en lui, le Christ, le Sauveur.

Le fait de croire en Jésus Christ signifie donc beaucoup plus que ce que notre culture sécularisée voudrait nous faire croire. Cela signifie donner sa vie pour lui, le suivre quoi qu’il arrive, sans avoir peur de rendre témoignage à son amour, sa bonté, sa vérité, sa puissance.

Nous sommes ses disciples, ses ambassadeurs. Être fidèle à cette identité, c’est trouver notre joie éternelle. Dieu ne demandera pas à chacun de nous d’aller jusqu’au témoignage du martyre. Mais ce qu’il demande à chacun de nous, c’est de renouveler notre foi en Jésus Christ aujourd’hui. Dans quelques minutes, nous allons proclamer cette foi. Aujourd’hui, faisons-le avec une ferveur particulière, renouvelant notre foi en Jésus, Christ, Fils de Dieu, Lumière du Monde.

Et au moment où Jésus viendra de nouveau vers nous dans la Sainte Communion, remercions-le pour tout ce qu’il a fait pour nous, et adorons-le sans partage, à l’exemple de cet aveugle de naissance à qui Jésus a ouvert les yeux.

 

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