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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Homélie 28 T.O.B 2009 - Bonheur? Développement durable? La fausse promesse de l’argent

dominicanus #Année B (2008-2009)

Quand nous disons de quelqu’un qu’il est riche, qu’est-ce que ça veut dire ? La richesse implique l’abondance. Mais il y a différentes sortes d’abondance, différentes sortes de richesses. L’homme riche qui se souciait de son héritage de la vie éternelle avait une abondance de biens matériels. C’est ce à quoi nous pensons habituellement quand nous employons le mot "riche".

 

Par ailleurs, à l’échelle de la planète, on entend beaucoup parler aujourd’hui de développement durable. On constate que les ressources matérielles, comme le pétrole et l’eau, sont disponibles en quantité limitée. S’ensuit une course aux innovations techniques, assorties de réformes économiques et de trains de mesures politiques pour éviter les gaspillages et préserver la couche d’ozone, etc…, pour que la terre reste vivable, non seulement pour nous, mais aussi pour les générations futures.




 

Mais le Seigneur nous dit dans l’Evangile d’aujourd’hui que les biens matériels risquent souvent de constituer un obstacle pour accéder à une sorte de richesse plus importante, plus satisfaisante, plus essentielle encore. L’homme de l’évangile possédait de grands biens, mais il n’avait pas la vie éternelle ; il lui manquait le sens profond de sa vie ; la paix intérieure lui faisait défaut. Il y a quelque chose d’essentiel, dans le cœur de l’homme, que les richesses matérielles, aussi abondantes qu’elles soient, ne peuvent pas satisfaire.

 

Alors l’homme riche va trouver Jésus, le thaumaturge, le rabbi dont tout le monde parle, pour lui demander ce qui lui manque encore. Et Jésus le lui dit. D’abord il lui rappelle l’importance de la richesse morale en évoquant quelques commandements. Pour être pleinement épanouis en tant qu’êtres humains, nous devons remplir nos âmes de vertus, par une multitude de choix répétés qui reflètent l’intégrité morale, et non la décadence morale. Ceci constitue la nécessaire fondation pour une autre sorte de richesse : la richesse spirituelle, à laquelle Jésus invite cet homme en lui disant : « viens et suis-moi ».

 

L’amitié avec Jésus, voilà le trésor du ciel, la richesse spirituelle qui seule peut satisfaire notre besoin le plus profond de bonheur, l’abondance de la sagesse dont nous parle la première lecture de manière si éloquente. Mais cette amitié requiert l’humilité et l’obéissance, car Jésus est plus qu’un simple copain, il n’est pas "monsieur tout le monde", il est Dieu. Alors nous devons être prêts à lui faire confiance, à lui obéir, à le suivre, même si, pour cela, nous devons perdre nos richesses matérielles, notre popularité, du plaisir…, pour découvrir la vraie richesse à laquelle notre âme aspire.

 

Même si nous comprenons cela en théorie, dans la pratique il nous est difficile de résister à la séduction et aux fausses promesses de la richesse matérielle. Une des raisons est que la richesse matérielle nous donne l’illusion du pouvoir. Nous avons tendance à penser que nous pourrions résoudre tous nos problèmes, si seulement nous avions plus d’argent. Les hommes d’état pensent qu’en injectant plus d’argent dans l’économie de leur pays, il y aura moins de chômage et plus de pouvoir d’achat, et tout le monde sera content. C’est l’antique tentation du Jardin d’Eden, où le démon a entraîné Adam et Eve dans le péché originel en leur promettant qu’ils seraient "comme des dieux" s’ils mangeaient du fruit défendu. C’était bien sûr un mensonge ! Ils se sont pas devenus comme des dieux – ils ont été déchus de la grâce. L’argent ne peut pas résoudre tous nos problèmes ; c’est une fausse promesse. Même l’homme riche de l’Evangile de ce dimanche avait découvert qu’il avait soif de vie éternelle, d’un sens profond, quelque chose que ses possessions ne pouvaient pas lui donner.



source: RKO Radio Pictures

 

Il y a un vieux classique du cinéma qui nous rappelle un peu la même chose : La Vie est Belle (It’s a Wonderful Life). L’homme le plus riche de la ville, Mr. Potter, est aussi de loin l’homme le plus misérable, tandis que celui qui arrive à peine à joindre les deux bouts, George Bailey, (voir photo) en est le citoyen le plus estimé et apprécié. La vraie richesse est au-delà de l’argent.

 

Le roman d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte Christo,  est une illustration de cette même vérité. Le comte est trahi et abandonné, mais arrive à s’échapper de prison et recouvre un grand trésor enfoui. Sa richesse matérielle le rend presque tout-puissant – mais pas tout à fait. Ses projets de vengeance, habilement tramés et exécutés, empoisonnent son existence, et au bout du compte, il s’avère que le bonheur qu’il cherche ne peut pas s’acheter avec de l’argent.

 

L’Eglise, la Bible, les chefs-d’œuvre de la littérature et du cinéma, l’expérience des riches et des puissants d’aujourd’hui – tout cela concorde pour nous montrer que la vraie richesse se trouve bien au-delà de l’argent. Mais même alors, il nous est toujours difficile de résister à cette vieille tentation – spécialement à une époque de progrès matériel et technologique comme la nôtre. Benoît XVI l’a rappelé l’année dernière, lors de sa visite aux Etats-Unis, durant sa rencontre avec les évêques (16 avril 2008) :

 

« Dans une société riche, un obstacle supplémentaire à une rencontre avec le Dieu vivant se trouve dans l'influence subtile du matérialisme, qui peut malheureusement très facilement concentrer l'attention sur le "centuple" promis par Dieu en cette vie, au détriment de la vie éternelle qu'il promet pour le temps à venir (Mc 10, 30). Il est aujourd'hui nécessaire de rappeler aux personnes le but ultime de l'existence. Elles ont besoin de reconnaître qu'elles ont en elles une profonde soif de Dieu. Elles ont besoin d'avoir l'opportunité de puiser à la source de son amour infini. Il est facile d'être subjugués par les possibilités presque illimitées que la science et la technique nous offrent; il est facile de faire l'erreur de penser pouvoir obtenir par nos propres efforts la satisfaction des besoins les plus profonds. Il s'agit d'une illusion. Sans Dieu, qui nous donne ce que nous ne pouvons pas atteindre seuls (cf. Spe salvi, n. 31), nos vies sont en définitive vides. Les personnes ont sans cesse besoin d'être appelées à cultiver une relation avec lui, qui est venu afin que nous ayons la vie en abondance (cf. Jn 10, 10). Le but de chacune de nos activités pastorales et catéchétiques, l'objet de notre prédication, le centre même de notre ministère sacramentel doit être celui d'aider les personnes à établir et à nourrir une telle relation vitale avec "le Christ Jésus, notre espérance" (1 Tm 1, 1). »

 

La véritable richesse est au-delà de l’argent ; elle implique une abondance d’ordre moral et spirituel – le trésor au ciel, qui ne passera jamais. Mais le fait est que, tant que nous sommes sur cette terre, l’argent et les possessions matérielles constituent une partie, qui est importante, de notre vie de tous les jours. En fait, le Catéchisme (n. 2429) nous enseigne que chacun de nous, en tant que disciple du Christ, nous avons une responsabilité pour être de bons gérants des ressources matérielles :

 

« Chacun a le droit d’initiative économique, chacun usera légitimement de ses talents pour contribuer à une abondance profitable à tous, et pour recueillir les justes fruits de ses efforts.»

 

En d’autres mots, comme disciples du Christ, nous devons éviter deux extrêmes en ce qui concerne l’argent. En premier lieu, nous devons éviter idolâtrer les richesses matérielles comme l’homme riche de l’évangile. Ensuite, nous devons éviter aussi les négligences dans la gestion de nos ressources matérielles. Le fait que la Bible mentionne les questions d’argent plus de 1000 fois pour nous aider à trouver un juste équilibre nous permet de nous faire une idée de l’importance du sujet.

 

Phil Lenahan, un laïc des Etats-Unis, a développé une approche des finances individuelles et familiales pour mettre ces principes en pratique. Il a appelé cela les "sept pas pour devenir financièrement libre". La base de son système, comme il l’explique dans son livre (du même titre), n’est pas une équation mathématique, mais une vérité spirituelle :

 

« La décision financière la plus importante que vous prendrez durant votre vie sera de reconnaître que tout ce que vous avez vient de Dieu, et qu’il est souverain sur toutes choses. »

 

Son explication d’une bonne gestion comporte des indications concrètes dans les domaines suivants :

 

  • Mettre au point un plan financier ;
  • Organiser un budget familial ;
  • Prévoir un fonds spécial "pour les mauvais jours" ;
  • Réduire effectivement ses dettes.

 

 (Pour plus d’informations : http://www.veritasfinancialministries.com/)

 

Dans le monde d’aujourd’hui, très peu de gens ont réussi à trouver la paix et la stabilité qui sont le fruit d’un refus de faire de l’argent une idole aussi bien que d’une bonne gestion de l’argent. En tant qu’ambassadeurs du Christ, l’amour du prochain implique que nous soyons des exemples et des guides dans ce domaine aussi. Durant cette eucharistie, prenons ou reprenons l’engagement à le faire, en demandant au Seigneur de nous aider à avancer sur le chemin de la richesse véritable et durable.

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