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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Homélie 21° dimanche du Temps Ordinaire 2010 – Nous devons combattre pour être sauvés

dominicanus #Année C (2009 - 2010)

 

 

21 TOCev

 

Aujourd’hui l’Eglise nous rappelle trois choses à travers les passages de l’Evangile.


D’abord, le Ciel existe. C’est le banquet dans le Royaume des Cieux, la manière dont Jésus décrit le salut, la vie éternelle.


Ensuite, l’enfer existe. C’est tout ce qui est « dehors », là où il y a « des pleurs et des grincements de dents ». Ce sont des images qui expriment la frustration désespérée éprouvée par celui qui s’est coupé pour toujours de l’amitié avec Dieu.


Enfin, pour avoir accès au ciel, nous devons sans cesse faire des efforts. Il ne suffit pas d’avoir une connaissance superficielle du Christ, comme les gens qui disaient :


« Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places. »


Nous devons plutôt cultiver une relation d’amitié vivante, durable, de plus en plus étroite, avec le Christ. C’est dans ce but que nous sommes créés, et c’est ce qui nous conduira à la vraie vie.


L’amitié implique toujours un effort, un sacrifice de soi, un investissement de temps et d’énergie. Cela vaut aussi pour notre amitié avec Jésus. Notre salut est conditionné par la manière dont nous le suivons, par les efforts que nous faisons pour mieux le connaître et pour vivre selon ses enseignements. C’est ce que Jésus veut dire par « la porte étroite » qui conduit au salut. Pour passer par la porte étroite, il faut laisser derrière soi tout bagage superflu. Il faut vraiment le vouloir.


On peut être étiqueté comme chrétien selon les apparences, sans vraiment faire des efforts pour vivre comme un chrétien de tout son cœur. Il est possible de venir à la Messe, d’être engagé dans des activités paroissiales, sans pour autant se laisser vraiment transformer de l’intérieur par une relation personnelle avec le Christ. Jésus sait que le fait d’éprouver des sentiments ne suffit pas. Nous devons permettre à sa grâce de transformer notre vie.


Le dialogue où Jésus parle du nombre de ceux qui sont sauvés n’est pas facile à avaler. On peut imaginer Jésus se reposant après une longue journée de voyage, assis sur un rocher ou une souche d’arbre à l’extérieur de la ville, ou peut-être sur un muret sur la place de la ville. Il est entouré d’une foule de disciples et de gens qui sont à la recherche de quelque chose de sensationnel. Il leur parle de Dieu et du sens de la vie. Quelqu’un lui pose alors la question sur le nombre des sauvés. Nous ne savons rien sur celui qui pose cette question : un veuf, une maman qui vient de perdre un enfant peut-être ?


En tout cas, c’était quelqu’un qui croyait à la vie éternelle, mais qui se posait la question si c’était difficile d’y arriver, comme les pharisiens le disaient selon l’opinion la plus courante de l’époque. Dans notre culture, c’est l’opinion contraire qui prévaut. De nos jours on pense volontiers que la grande majorité des gens sont gentils, et iront donc au ciel.


Mais que dit Jésus ? Il ne répond pas directement. Il ne dit pas que peu seulement seront sauvés, comme les Pharisiens l’enseignaient. Il ne dit pas non plus que tout le monde sera sauvé, comme la culture dominante l’estime aujourd’hui. Jésus change l’accent mis sur les statistiques pour parler de la personne individuelle. Il regarde celui qui lui pose la question et dit :


« Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite… »


Et il enchaîne avec la parabole qui renforce encore l’accent mis sur la responsabilité personnelle de chacun (en contraste avec les apparences générales) en montrant qu’au Jour du Jugement, il y aura beaucoup de surprises :


« Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »


Ce que Jésus veut nous faire comprendre est clair. Il veut que nous prenions l’aventure de notre vie au sérieux, que nous fassions des choix responsables. Il veut nous conduire tous au Ciel, mais il ne peut le faire que si nous prenons la décision de le suivre.


Nous ne pouvons pas considérer notre amitié avec Jésus comme un acquis. Nous devons consciemment et continuellement nous efforcer d’entrer par la porte étroite. Voilà ce que le Seigneur nous dit aujourd’hui.


Nous devons donc nous poser la question : est-ce que le verbe ‘s’efforcer’ est celui qui caractérise le mieux notre vie chrétienne ? Le verbe grec est « agonizomai ». Ce terme grec a une connotation d’effort suprême. C’est ce verbe qui a donné en français le verbe ‘agoniser’ et le substantif ‘agonie’. Les Grecs utilisaient ce terme pour décrire les compétitions de leur Jeux Olympiques, et aussi pour le combat corps-à-corps avec l’ennemi. Il faudrait donc traduire plutôt : "Luttez pour entrer par la porte étroite" (Osty ; BJ). C’est le thème du combat spirituel.


Aujourd’hui, Jésus nous regarde intensément, nous invitant à rompre avec nos habitudes de confort pour commencer à le suivre de manière plus étroite. Il nous le demande seulement parce qu’il nous aime, et quand on aime, on veut toujours ce qu’il y a de meilleur pour celui qu’on aime. Nous devons tous examiner notre cœur pour voir les occasions où nous nous sommes laissé prendre par la routine, la paresse…


Peut-être voyez-vous tout de suite en quoi vous êtes concernés. Sinon, voici une petite suggestion. Nous ne pouvons pas lutter pour suivre le Christ si nous ne le connaissons pas. Cette semaine, pourquoi ne pas prendre la résolution d’apprendre à mieux connaître le Seigneur ? Nous pouvons réaliser cela de bien des manières : participer à l’adoration eucharistique, lire la Bible ou un bonne vie de saint, renouveler votre vie de prière… Quelle que soit notre résolution, ce qui est important, c’est d’en prendre une, en nous appuyant, non pas sur notre propre force, mais sur la grâce de Dieu. Jésus ne demande qu’à nous aider d’entrer par la porte étroite, mais il ne peut faire sa part que si nous nous efforçons de faire la nôtre.

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