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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Homélie 2° Dimanche du Temps Ordinaire C 2010 – Savoir apprécier les bonnes choses de la vie

dominicanus #Année C (2009 - 2010)


cana



Jésus et ses disciples sont allés à une réception de mariage. Ce n’est pas un petit détail. Et pour que nous ne l’ignorions pas, la première lecture de l’Ancien Testament le répète. Dieu nous dit que la relation qu’il désire avoir avec nous, avec son Eglise et chaque membre de cette Eglise, est une relation intime – une vraie intimité de personne à personne – une relation joyeuse et féconde. Il nous dit que sa grâce nous conduit à une étreinte joyeuse – comme l’étreinte de deux nouveaux mariés.


Le prophète Isaïe dit :


« le Seigneur met en toi sa préférence et ta contrée (c’est une image de l’Eglise) aura un époux. Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t'a construite t'épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »


Toutes les bonnes choses de notre vie ici sur terre sont des cadeaux de Dieu. Elles nous parlent de Dieu, et elles nous fournissent des indications qui nous permettent de pressentir ce qu’est la vie en profonde communion avec lui.


Si déjà ses cadeaux nous procurent tant de joie, imaginez les délices que nous pouvons éprouver quand nous le possédons lui-même en personne. C’est bien ce qu’il veut, ici, maintenant, imparfaitement, et un jour, parfaitement et pour toujours, au ciel. Trop souvent nous pensons à Dieu comme quelqu’un qui est loin de nos joies saines et de nos activités humaines. Jésus n’est pas venu uniquement pour nous enseigner de la théologie, mais pour amener la condition humaine intégrale à sa plénitude.


Fêter, jouir des bonnes choses de la création (comme le mariage et le vin), cela fait partie de la nature humaine, et le Christ veut nous apprendre à en jouir d’une manière équilibrée, saine. Plus nous le connaîtrons, et mieux nous pourrons faire l’expérience de la vie qu’il nous a donnée. Voici ce que nous enseigne le Catéchisme de l’Eglise catholique (1809) :


« La tempérance est la vertu morale qui modère l’attrait des plaisirs et procure l’équilibre dans l’usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté. La personne tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles, garde une saine discrétion et " ne se laisse pas entraîner pour suivre les passions de son cœur " (Si 5, 2 ; cf. 37, 27-31). La tempérance est souvent louée dans l’Ancien Testament : " Ne te laisse pas aller à tes convoitises, réprime tes appétits " (Si 18, 30). Dans le Nouveau Testament, elle est appelée " modération " ou " sobriété ". Nous devons " vivre avec modération, justice et piété dans le monde présent " (Tt 2, 12). »


Sainte Thérèse d’Avila avait coutume de dire à ses sœurs religieuses : "Un saint triste est un triste saint" ("Un santo triste es un triste santo"). Saint François de Sales, lui aussi, ne cessait de le répéter. Un chrétien dont la foi est arrivée à maturité sait reconnaître l’omniprésence de l’amour de Dieu, toute sa bonté qui transparaît dans les beautés de tous les jours et les plaisirs de la vie. C’est une des conditions pour pouvoir rester joyeux au milieu des épreuves, et c’est ce que tous les saint ont appris.



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Le R.P. Anton Luli SJ (sur la photo, avec Jean Paul II) est l’un de ces héros méconnus de l’Eglise qui a souffert des atrocités impensables sous le régime communiste dans les décennies après la Deuxième Guerre Mondiale. Il est arrêté aussitôt après l’arrivée au pouvoir des communistes en Albanie. Tous les prêtres ont alors été arrêtés dans un effort d’écraser l’Eglise et toutes les religions pour pouvoir établir un état athée. Le Père Luli a alors passé 38 années en prison, avec des périodes d’enfermement solitaire  et de camp de travail. Sa première prison est une petite salle de bains avec des toilettes qui n’avaient pas été nettoyées depuis des semaines. C’est là qu’il a vécu pendant huit mois, ne sortant que pour des interrogatoires et des séances de torture pour qu’il renonce sa foi. Mais en vain. Alors il est envoyé dans un camp de travail où il a survécu avec un pain par jour en travaillant depuis le lever jusqu’au coucher de soleil pour assécher un marais.


Plus tard, quand le régime communiste a fini par s’écrouler, et quand sa persévérance dans la foi avait fait de lui un symbole d’héroïsme pour tous les croyants en Albanie, il a décrit comment il a prié tout au long de ces années de travail en captivité. On ne lui permettait pas de prendre du temps pour la prière. Mais il disait que, tout en travaillant dans le marais, il observait la végétation. Il regardait comment les plantes poussaient, jour après jour. Il a vu comment elles absorbaient l’eau, comment elles se tournaient vers la lumière, comment chaque espèce de plantes avait sa manière bien à elle de survivre dans cet environnement hostile.


C’est en admirant tous les jours la beauté de la création qu’il a pu rester en contact avec l’amour de Dieu ; les petites joies de la vie ont permis à son espérance de survivre dans son cœur et lui ont permis de garder le sourire, même dans les moments les plus sombres.


Dieu veut que nous appréciions les bonnes choses de la vie, tout comme les invités aux noces de Cana ont apprécié l’eau changée en vin. Il veut que nous le trouvions dans ces choses-là, mais il veut aussi que nous en profitions comme il faut. Car nous vivons dans un monde déchu, et nous avons tous des appétits déréglés, des tendances mauvaises, égoïstes, suite au péché originel. Nous ne pouvons pas donner libre cours à ces tendances. Nous devons nous discipliner, garder l’équilibre. Apprécier les bonnes choses de la vie, mais convenablement, avec mesure, comme des manières d’apprécier l’amour de Dieu, mais sans en faire des idoles.


Mais comment ? Comment garder l’équilibre, quand tout autour de nous nous pousse aux excès et à l’égocentrisme ?


Le premier pas, c’est de reconnaître que nous sommes déséquilibrés. Trois signes nous permettent de le constater :


  1. Nous savons qui nous avons perdu l’équilibre quand les plaisirs de la vie interfèrent avec nos responsabilités – quand, par exemple, le match de football à la télévision devient une source de conflits entre les époux, cela ne glorifie pas Dieu.
  2. Nous savons que nous avons perdu l’équilibre quand nos plaisirs et nos responsabilités interfèrent avec le temps de la prière – quand nous passons tout notre temps libre à construire ou à aménager notre maison, et qu’il ne reste plus de temps pour la messe et pour la prière, nous allons tout droit dans le mur. Saint François de Sales disait : "Une demi-heure de méditation est essentielle, sauf quand on est très occupé. Alors une heure est nécessaire."
  3. Nous savons que nous avons perdu l’équilibre quand nous n’arrivons plus à rire de nos bêtises, quand des petits incidents deviennent l’occasion de grandes disputes. C’est que nous avons perdu Dieu de vue.


Quand nous perdons l’équilibre, nous n’arrivons plus à apprécier ces bonnes choses de la vie, les plaisirs et les beautés de la vie, dont Dieu a voulu nous faire cadeau pour que nous puissions en jouir.


Aujourd’hui, en dirigeant notre cœur et notre esprit vers le Christ durant cette Eucharistie, en le recevant dans la Sainte Communion, demandons-lui de nous aider à vivre comme il le veut, et de rétablir l’équilibre dans notre vie. Et s’il suggère quelque chose à notre conscience, ne soyons pas effrayés. Il sait ce qui est bon pour nous, car c’est lui qui nous a faits.


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