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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Homélie 1er dimanche du Carême C 2010 – Payer la dîme : une question de justice et d’espérance

dominicanus #Année C (2009 - 2010)

 

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La tradition d’offrir à Dieu les prémices des récoltes, instaurée par Moïse dans la première lecture de ce dimanche, était une pratique spirituelle fondamentale en Israël. C’était une manière de demeurer en communion avec Dieu. Chaque fois que cette pratique tendait à être négligée, le peuple s’éloignait du Seigneur et était attaqué par ses ennemis.


Quelles étaient ces prémices que Moïse enseignait au peuple à offrir à Dieu ? C’étaient les fruits des premières récoltes de l’année. Que ce soient les olives, les raisins ou du blé, au moment de la récolté, les agriculteurs en apportaient au tabernacle, ou au Temple, les premiers fruits pour les offrir à Dieu. Ils offraient non pas "les restes", mais les prémices !


Moïse justifie cette pratique par deux raisons : la justice et l’espérance. C’était une question de justice, car la terre qui produisait ces récoltes, la Terre Promise, avait été donnée par Dieu aux Israélites de manière miraculeuse. Israël était redevable de tout à Dieu. Lui donner les premiers fruits était une question de reconnaissance.


C’était aussi une question d’espérance. Le bonheur auquel ils aspiraient ne pouvait venir que de Dieu, et non d’une quelconque richesse ou prospérité. Le fait d’offrir à Dieu était également pour eux une manière de reconnaître qu’aucune richesse matérielle ou plaisir terrestre ne pouvait leur assurer la plénitude qu’apporte l’amitié dvine.


En d’autres mots, le fait d’offrir les prémices permettait aux Israélites de se souvenir du vrai contexte de leur vie. Leur vie faisait partie d’une histoire, celle du salut de Dieu, une histoire qui plonge ses racines dans le passé et qui atteindra son accomplissement dans le futur. Ainsi, en faisant mémoire du passé, ils assuraient leur avenir.


La même chose vaut pour nous aujourd’hui. Nous faisons partie, nous aussi, d’une histoire, de l’histoire du salut. Le Carême est le temps favorable pour nous souvenir de ce vaste horizon de notre vie. Dans son message pour le Carême de cette année (2010), notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI a insisté sur ce point : les biens matériels ne peuvent pas nous procurer ce que nous désirons le plus :


« Ce qui est essentiel pour l’homme ne peut être garanti par la loi. Pour qu’il puisse jouir d’une vie en plénitude il lui faut quelque chose de plus intime, de plus personnel et qui ne peut être accordé que gratuitement : nous pourrions dire qu’il s’agit pour l’homme de vivre de cet amour que Dieu seul peut lui communiquer, l’ayant créé à son image et à sa ressemblance. Certes les biens matériels sont utiles et nécessaires. D’ailleurs, Jésus lui-même a pris soin des malades, il a nourri les foules qui le suivaient et, sans aucun doute, il réprouve cette indifférence qui, aujourd’hui encore, condamne à mort des centaines de millions d’êtres humains faute de nourriture suffisante, d’eau et de soins. Cependant, la justice distributive ne rend pas à l’être humain tout ce qui lui est dû. L’homme a, en fait, essentiellement besoin de vivre de Dieu parce que ce qui lui est dû dépasse infiniment le pain. »


Garder présent à l’esprit ce vaste horizon de notre foi est important pour notre croissance dans la maturité spirituelle. Nous avons vu dans l’Evangile de ce dimanche que le démon s’intéresse à Jésus. Il voulait le détourner de sa mission, ou, en tout cas, anéantir ses efforts pour assumer sa mission. Ce même démon s’intéresse aussi à chacun de nous pour ralentir notre croissance spirituelle et nous détourner de notre mission à nous aussi. Il veut nous faire oublier qu’il y a un combat spirituel qui fait rage autour de nous, et que nous avons un rôle à jouer dans la construction du Royaume du Christ.


Pour ce faire, il utilise la même tactique avec nous que celle à laquelle il a eu recours avec Jésus. Il veut que nous nous préoccupions uniquement de plaisirs éphémères. Jésus avait faim ; Jésus voulait construire son Royaume ; Jésus voulait gagner les cœurs des hommes : voilà les objectifs immédiats de Jésus. C’est sur ces objectifs que portent les tentations du démon.


Mais Jésus avait aussi d’autres désirs, des désirs à long terme. Il voulait nous apprendre à servir les autres au lieu de se servir soi-même ; il voulait être fidèle à son Père ; il voulait faire de nous ses amis, et pas seulement devenir une célébrité.


Ses désirs immédiats ne rendaient pas compte du vaste horizon de sa mission. Son objectif n’était pas de se faire plaisir. C’est en ayant présent à l’esprit toute l’ampleur de sa mission qu’il a pu résister à la tentation et maîtriser ces désirs primaires.


A chaque tentation Jésus répond par une citation de la Bible, et la Bible, c’est la chronique de l’histoire de notre salut. C’est la Parole de Dieu au sujet du grand projet de Dieu. Chaque dimanche, en nous mettant en contact avec cette Parole, l’Eglise fait pour nous ce que Jésus a fait : nous rappeler le vaste horizon de notre vie chrétienne, pour que nous aussi, nous puissions résister aux tentations qui nous assaillirons au cours de la semaine à venir.


L’Eglise fait sa part pour nous rappeler cela : la Messe dominicale, avec les lectures, les temps liturgiques comme le Carême… L’Eglise fait sa part pour nous rappeler toute l’ampleur de notre mission en tant que chrétiens, pour nous éviter de tomber dans les pièges du démon, pour que nous ne nous laissions pas détourner de notre vraie mission : aimer Dieu et aimer notre prochain.


Mais nous aussi, nous avons notre part à faire. Nous devons accepter ce rappel. Nous devons l’accepter en théorie, mais aussi en pratique, d’une manière très concrète, comme les Juifs. Une façon d’accepter ce rappel, c’est de s’acquitter de la dîme.


Payer la dîme, c’est la façon moderne de donner les prémices au Seigneur, non pas en nature, mais en espèces. Cela consiste à donner les premiers dix pour cent de nos revenus, quel qu’en soit le montant, à Dieu. Chaque baptisé a le devoir, la responsabilité, de contribuer à soutenir les efforts d’évangélisation du monde par l’Eglise. C’est une des raisons pour lesquelles il y a une collecte chaque dimanche.


Nous pourrions avoir tendance à penser que ce soutien est comme une donation à une œuvre charitable comme la Croix Rouge ou le Secours Catholique. C’est faux ! C’est un acte de religion. La corbeille qui passe au milieu de vous chaque dimanche est comme la corbeille que Moïse a placée devant le Seigneur. Cette corbeille doit être remplie de dons significatifs, des dons qui expriment la justice et l’espérance, des dons qui expriment le fait que vous prenez conscience que toutes les bonnes choses dans votre vie viennent de Dieu (c’est la justice), et que l’accomplissement, la plénitude à laquelle nous aspirons en cette vie, viendra aussi de lui (c’est l’espérance).


En d’autres mots, payer la dîme nous aide à vérifier si nous ne donnons pas au Seigneur que nos restes.


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