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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Homélie 25 T.O.B 2009 – Le secret du succès

dominicanus #Année B (2008-2009)



Ce que Jésus nous enseigne par l’exemple depuis sa naissance, il nous l’enseigne maintenant en paroles. Et cet enseignement est d’une importance capitale : la nature du vrai succès. Quand Jésus et ses apôtres, après une longue journée de marche dans la chaleur et la poussière des routes de Galilée, s’asseyent pour prendre un peu de repos à Capharnaüm, Jésus sait bien ce dont ses disciples ont parlé en route : le succès, la gloire, la grandeur. Mais les apôtres sont trop gênés pour l’admettre ; ils sentent bien que leur penchant pour le succès mondain est trop egocentrique pour être digne d’éloges.


Mais la réplique de Jésus est étonnante. Il ne leur dit pas qu’ils ne devraient pas chercher l’excellence, aspirer aux grandes réalisations, poursuivre des projets ambitieux. Ce n’est pas cela que Jésus condamne. Il sait que c’est un besoin inné de la nature humaine. C’est même un des buts de notre vie : être un signe de la bonté de Dieu en réalisant de belles et grandes choses.


Ce n’est donc pas pour cela que Jésus reprend ses disciples. Mais il leur montre en quoi consiste la vraie grandeur. La mission de chaque baptisé n’est pas de poursuivre la renommée ou la fortune, la popularité, la puissance ou le succès du monde. Non, notre mission à nous, c’est plutôt la mission du Christ lui-même : celle qui consiste à servir les autres, à rendre les autres heureux, à aller à la rencontre de ceux qui sont faibles et nécessiteux, comme de petits enfants. La grandeur dans le Royaume de Dieu est synonyme d’humilité, une attitude du cœur qui fait placer l’intérêt d’autrui avant ses propres préférences, pour donner, et pas pour prendre.


Jésus ne dit pas à ses apôtres : "Ne poursuivez pas de grands projets", mais il leur montre où réside la vraie grandeur, celle qui est durable et vraiment bénéfique, en aimant les autres comme Jésus les a aimés. Jésus est le Roi-Serviteur ; nous, ses fidèles disciples, sommes appelés à suivre ses traces.


C’est une leçon qui nous est difficile à admettre. Nous baignons dans une culture de la séduction qui mesure le succès en termes financiers. Si nous sommes capables de gagner beaucoup d’argent, ou, du moins, si nous sommes capables de donner l’impression d’en gagner beaucoup, alors nous avons "réussi dans la vie". Ce n’est certainement pas l’idée que le Christ se fait de la réussite !


Mais, d’un autre côté, l’argent a bien une place dans l’idée chrétienne du succès. L’argent peut être bien utilisé comme il peut être mal utilisé. Être riche, en soi, n’est pas un péché, et l’argent peut même nous aider à avancer dans la voie du vrai succès, si nous l’utilisons avec sagesse.





C’est ce que saint Jean-Marie Vianney avait bien compris. Quand il a été nommé dans la petite paroisse d’Ars, le bâtiment de l’église était dans un piteux état. Il lui a fallu des années pour ramasser suffisamment d’argent afin de pouvoir la réparer et l’embellir. Au moment où les travaux de restauration étaient terminés, le saint était devenu célèbre. Des gens de toute l’Europe entreprenaient le pénible voyage vers Ars pour l’entendre prêcher et pour se confesser. Il passait souvent plus de dix heures par jour au confessionnal, et même alors, certains pèlerins devaient faire la queue pendant une semaine pour attendre leur tour. Tous ces pèlerins voulaient faire des dons au saint. Le saint curé acceptait ces dons, et même mendiait pour en avoir, non pas parce que sa paroisse en avait besoin, et encore moins pour s’enrichir lui-même, mais parce qu’il voulait faire des fondations missionnaires dans toutes les paroisses du diocèse. L’argent continuait d’affluer, mais sans jamais le séduire, l’ensorceler. Car il savait bien que le véritable succès ne réside pas dans le luxe ou le prestige, mais dans l’humble service du prochain – même de celui qu’il ne rencontrerait jamais.


La plupart d’entre nous sont capables d’entrevoir la beauté de l’humilité et de l’humble service des autres ; nous pouvons en avoir comme l’intuition. Mais mettre cette idée en pratique en permanence, voilà ce qui est beaucoup plus difficile. Nous voulons bien faire une B.A. de temps en temps, parce que cela flatte notre ego. Mais un réel progrès dans la maturité spirituelle requiert un engagement plus sérieux.


Le meilleur endroit pour réaliser cet engagement afin d’atteindre le vrai succès est à la maison. C’est dans nos relations familiales que notre penchant vers l’égoïsme remonte le plus facilement à la surface. Pour transformer ce penchant, le purifier en grandissant dans la vertu d’humilité, c’est donc sur se terrain, celui de la famille, que nous devons nous battre. Servir humblement son conjoint, ses frères et sœurs, ses parents : voilà la vertu chrétienne, voilà comment nous pouvons nous forger un cœur de chrétien. Les membres de notre famille nous connaissent bien. Ils sont au courant de nos accès de colère et de nos mauvaises habitudes. Par conséquent ils ne sont pas trop impressionnés quand nous faisons de temps en temps un B.A., quand nous rendons un petit service, quand il nous arrive de nous maîtriser occasionnellement et de maîtriser notre langue.


Voilà pourquoi la famille est le meilleur endroit pour grandir dans l’humilité et pour vraiment réussir sa vie. Servir les autres quand il n’y a pas de récompense, de reconnaissance, c’est la meilleure manière de suivre l’exemple du Christ et de purifier nos cœurs, car, ne l’oublions pas, son service à lui l’a conduit jusqu’à la croix. Quand, peu à peu, nous apprenons à penser aux autres avant de penser à nous-mêmes à l’intérieur des murs de notre maison, alors cela deviendra une seconde nature en dehors de notre maison. Et alors nous avancerons sur la voie rapide du véritable succès.


C’est au cours de cette Eucharistie que Jésus prend une fois de plus sa tenue de serviteur crucifié et ressuscité en se donnant à nous dans sa Parole, son Corps et son Sang. Demandons-lui de pouvoir devenir ce que nous entendons, ce que nous recevons de lui pour réussir notre vie.

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