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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Homélie 2 Carême B: Croire à la Transfiguration quand tout semble nous conduire à la mort

dominicanus #Année B (2008-2009)




En ce deuxième dimanche de Carême la liturgie nous propose chaque année, après le récit des tentations, celui de la transfiguration.

Six jours après…


Six jours
- après avoir évoqué pour la première fois sa passion
- après avoir rappelé ses disciples à le suivre dans le renoncement
- après la fête de Kippour (jour du Grand Pardon) : et donc le premier jour de la fête des Tentes.

La fête de Kippour est la plus importante de l’année pour les Juifs (elle est appelée Shabbat des shabbat au livre du Lévitique, 16, 31). On comprend qu’elle sert de référence dans le temps.

Kippour célèbre le jour de la repentance, de la conversion, du renoncement à soi-même dans le jeûne et la prière.

Quant à la fête des Tentes, elle fait mémoire du temps béni où le peuple, au désert, habitait sous des tentes et recevait tout de Dieu :

« Le séjour dans la frêle cabane rappelle le souvenir de la sortie d’Égypte, dont parle le prophète Jérémie, 2, 2 : "Je te garde le souvenir de l’affection de ta jeunesse, de ton amour au temps de tes fiançailles, quand tu me suivais dans le désert, dans une région inculte…" À cette heure où nous entrons dans la soucca (cabane), nous réalisons que le seul espoir pour Israël, c’est de s’en remettre à la protection de son Dieu et Roi, de Celui qui a créé le monde ! »

Éphéméride de l’année juive, Keren Hasefer Halimond, Paris 1976, Tome 1, p. 89

Jésus conduit ses disciples sur la montagne pour vivre avec eux la plus exceptionnelle fête des Tentes. Il choisit Pierre, Jacques et Jean qui seront aussi les témoins privilégiés de son agonie à Gethsémani. Trois, parce que c’est le chiffre de la divinité, le chiffre des patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, qui, par leur histoire, sont comme autant de révélations de Dieu.

Jésus choisit :
- en Pierre celui à qui Il veut confier Son Église : « Tu es Pierre, et sur cette pierre Je bâtirai Mon Église » (Mt 16, 18) ;
- en Jacques (en hébreu : Jacob !) celui qui représente tout le peuple d’Israël ;
- en Jean, le témoin de la grâce de Dieu (en hébreu, Johanan veut dire : Dieu fait grâce).

Il a été transfiguré devant eux et ses vêtements sont devenus resplendissants, d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte.


En ce jour, Jésus dévoile aux Apôtres la gloire de sa divinité. Pour la première fois, des yeux de chair contemplent la gloire de Dieu resplendissant sur le visage du Christ : Jésus, vrai Dieu et vrai homme apparaît « revêtu de splendeur et de majesté, drapé de lumière comme d’un manteau » selon ce que David avait dit au Psaume 104.

La blancheur lumineuse de ses vêtements rappelle le premier vêtement d’Adam, avant le péché, alors qu’il était revêtu de la gloire de Dieu.

Jésus, par sa Transfiguration, veut nous rappeler ce à quoi nous sommes appelés : retrouver  notre vêtement de gloire, être divinisés. C’est pour cela que le Verbe s’est fait chair, que Dieu est venu habiter parmi nous.

Selon la parole de Saint Paul, nous marchons tous vers notre transfiguration :

« Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, allant de gloire en gloire comme de par le Seigneur, qui est esprit. » (2 Co 3, 18)

Il s’agit aussi de rassurer les Apôtres et de conforter leur foi, juste après la première annonce de la Passion du Seigneur, comme le dit le pape Saint Léon le Grand :

« Par cette transfiguration, il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la grandeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa passion volontaire ne bouleversent leur foi. »
(Liturgie des Heures, II, p. 101)

Élie leur apparût avec Moïse et ils s’entretenaient avec Jésus.

Lors de la fête des Tentes, après avoir construit une cabane en mémoire des tentes du peuple au désert, on invite les grands serviteurs de Dieu à entrer. Ici, sur la montagne, les invités sont là, alors que les cabanes ne sont pas encore construites ! Et quels invités ! Moïse et Élie, la Loi et les Prophètes, ceux qui représentent tout l’Ancien Testament, ceux qui sont évoqués ensemble à la fin de la Bible juive par le prophète Malachie : « Rappelez-vous la Loi de Moïse, mon serviteur (…) Voici que je vais envoyer Élie le prophète. (Ml 3, 22-23)

Ainsi, sous les yeux des trois Apôtres, l’Ancien Testament s’entretient avec le Nouveau. Jésus parle familièrement avec Moïse et Élie. L’Écriture est une, une est notre foi, appuyée sur la Parole de Dieu entendue par les prophètes, et contemplée en Jésus par les apôtres.

Pierre, conscient de la « bonté » de cette situation, s’écrie :

Rabbi, il est bon pour nous d’être ici, faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie.

Oui, ce qui se passe alors est bon, c’est la confirmation de la fidélité de Dieu, de la vérité de sa Parole ?

« Qu’y a-t-il de mieux établi, de plus solide que cette Parole ? La trompette de l’Ancien Testament et celle du Nouveau s’accordent à le proclamer ; et tout ce qui en a témoigné jadis s’accorde avec l’enseignement de l’Église. » (idem)

Voilà pourquoi Pierre estime juste de célébrer maintenant la fête des Tentes et il dit : « Faisons donc trois tentes. » Mais en réalité, Pierre, Jacques et Jean sont projetés pour un court instant dans l’éternité : ce n’est pas le moment de célébrer une liturgie terrestre mais bien de s’unir à la liturgie céleste, dont Dieu lui-même prend l’initiative :

Et une nuée survint qui les prit sous son ombre, et une voix parti de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. »

La nuée qui vient du ciel n’est pas sans rappeler celle qui accompagna le peuple lors de son séjour au désert, signe de la protection divine célébrée pendant la fête de Soukkot :

« À toutes leurs étapes, lorsque la nuée s’élevait au-dessus de la Demeure, les Israélites se mettaient en marche. Si la nuée ne s’élevait pas, ils ne se mettaient pas en marche jusqu’au jour où elle s’élevait. Car le jour, la nuée du Seigneur était sur la Demeure et, la nuit, il y avait dedans un feu, aux yeux de toute la maison d’Israël, à toutes leurs étapes. » (Ex 40, 36-38)

Sur la montagne de la transfiguration, Dieu manifeste aux yeux des disciples, prêts à fêter les Tentes, que la nuée repose déjà sur eux ; la réponse à la suggestion de Pierre : « Faisons donc trois tentes », c’est cette nuée qui les couvre de son ombre, comme elle avait recouvert la Vierge Marie au jour de l’Annonciation : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. » Nous devons comprendre qu’en Jésus, nous vivons la fête des Tentes d’une manière parfaite, car là où est Jésus, là est l’Esprit, là se fait entendre la voix du Père : Jésus est l’Un de la Très Sainte Trinité.

Ici encore la voix du Père retentit, comme lors du Baptême au Jourdain : elle nous enseigne que désormais la voix de Dieu passe par Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. »

Cependant, ce qui est ordinaire, c’est la vie dans la foi : croire que Jésus est pleinement Dieu, en contemplant un homme, un homme qui sera condamné à mort comme un malfaiteur, un homme qui sera compté pour rien. (Mc 9, 12) et croire que nous allons vers la Transfiguration quand tout semble nous conduire à la mort.


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