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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Baptême: "Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales"

dominicanus #Année B (2008-2009)
Quand Jean Baptiste entre sur scène, il n'y avait plus eu de prophète en Israël depuis presque trois siècles. Jean était une figure tellement impressionnante que les gens croyaient qu'il pourrait bien être le Messie. Il avait une influence si grande que le Roi Hérode avait dû l'emprisonner afin d'éviter une révolte populaire suite à son comportement scandaleux (il avait épousé la femme de son frère), que Jean dénonçait. Cent ans après la Résurection du Christ les disciples de ce prophète continuaient à poursuivre sa mission de prêcher la repentance et le baptême.



Jésus lui-même avait appelé Jean "un prophète ... et bien plus qu'un prophète ... Parmi les hommes, il n'en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste" (Mt 11, 9...11). Il est donc clair que, sur l'échelle de la sainteté, Jean occupait un échelon très élevé. Et pourtant Jean lui-même indique que "Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi".

Puis il insiste, disant : "Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales". Enlever les sandales de quelqu'un, dans l'ancien Proche Orient, était une corvée réservée aux esclaves. Quand quelqu'un arrivait de voyage, la poussière des routes, mélangée aux excréments des nombreuses bêtes de somme et d'attelage, collait aux sandales. Le travail des esclaves consistait alors à les nettoyer, et pour ce faire, ils devaient bien sûr enlever les sandales.

"Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales." Quel n'est pas l'impact que ces paroles ont dû avoir sur la foule qui tenait Jean en très haute estime. Cela me fait penser à certaines personnes qui, à la fin de leur vie, avouent avoir été profondément impressionnés par leur papa qui, lors de sa prière quotidienne à la maison, se mettait à genoux pour prier. Cela vaut mieux que beaucoup de discours pour l'éducation religieuse d'un petit enfant ! Pour un enfant, le papa, c'est le tout-puissant. Voir son papa se mettre à genoux impressionne tellement un enfant qu'il s'en souviendra jusqu'à la fin de sa vie. On peut dire la même chose de la foule quand elle entend Jean déclarer qu'il n'est pas digne de défaire la courroie des sandales de Jésus.

Ainsi donc, saint Jean Baptiste, le plus grand des prophètes et le plus grand des enfants des hommes, affirme qu'en comparaison avec la grandeur de Jésus, il est moins qu'un esclave. Jean Bapiste est celui qui, non seulement reconnaît l'humanité du Christ, mais aussi sa divinité. Par conséquent, sa relation avec lui est marquée non seulement par la confiance et la sincérité, mais aussi par le respect. Nous, qui sommes bien moins avancés en sainteté que Jean, nous devrions nous laisser enseigner par son exemple.

La sincérité de notre respect envers Dieu est un bon thermomètre de notre maturité spirituelle. Si, en arrivant dans une église, nous faisons une génuflexion bâclée, à la hâte, il est fort possible que nous ne nous souvenons même pas pourquoi nous la faisons. Si, à l'intérieur d'une église, nous bavardons bruyamment avant, après, et même pendant la Messe, pendant que d'autres essaient de prier, c'est un signe qui montre que nous avons oublié à qui appartient cette maison. Si nous faisons un signe de croix comme pour chasser un moustique, cela signifie que notre amitié avec Jésus est devenue une affaire de routine. Alors à chacun de faire le point, et de voir quels sont les points qui nécessitent une vigilance particulière dans ce domaine, comme aussi notre manière de nous habiller pour venir à la messe, par exemple, notamment le dimanche.

À la fin du 17° siècle, Jésus est apparu à plusieurs reprises à une religieuse qui s'appelait Marguerite-Marie Alacoque. C'était un nouveau poin de départ pour la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. La première fois qu'il lui est apparu était au milieu de la nuit. Soudain elle est réveillée par une voix intérieure qui lui dit d'aller à la chapelle. Il faut savoir que Marguerite-Marie était une religieuse de la Visitation de saint Vincent-de-Paul. Voici une description de leur habit :

Les sœurs étaient vêtues d’une jupe et d’un caraco (sorte de chemise simple) à manches longues et évasées, réalisées dans une grosse étoffe de laine de couleur bleu-gris et difficilement lavable. La jupe présentait à l’arrière neuf plis, larges de trois doigts et était fendue de poches de chaque côté. Elle était protégée par un tablier avec plastron confectionné dans la même étoffe et maintenu à la taille par de longs rubans qui se croisent dans le dos et se nouent devant. Elle était doublée d’une jupe noire qui recouvre elle-même un jupon blanc. Le caraco était recouvert d’un rabat en coton blanc croisé sur la poitrine. La sœur était coiffée d’une cornette réalisée dans un rectangle de coton blanc amidonné. Elle était fixée à l’arrière par une épingle de nourrice. Devant, le bec était formé au doigt pour rabattre les ailes de la cornette. En dessous, la tête était protégée par un bonnet de coton appelé toquois, plissé sur le front et dépassant de la cornette. Des bas de laine noire protègeaient les jambes jusqu’aux genoux. Ce costume était en fait celui des femmes de la campagne. Simple voile à pans verticaux, vers 1750, la coiffe est ensuite devenue une cornette à bords plus larges dont les ailes amidonnées ont été relevées et ont formé à l’avant un bec. C'est ainsi que nous les connaissons encore aujourd'hui par certains spots publicitaires ... ou par les films avec Louis de Funès ...

Or, quand Marguerite-Marie s'aperçoit que le Seigneur veut qu'elle descende à la chapelle au milieu de la nuit, elle ne se contente pas d'enfiler en vitesse une robe de chambre par-dessus son pyjama. Non ! Il lui a alors fallu un quart d'heure pour s'habiller ! Et ce n'est qu'ensuite qu'elle va rencontrer le Seigneur. Comme Jean Baptiste, elle a compris que Jésus est son Ami le plus intime, mais aussi son Sauveur, son Rédempteur et son Dieu, digne d'un respect d'amour.

Parfois nous avons une fausse idée du respect, et cette fausse idée est alors un obstacle à l'évolution de notre amitié avec le Christ. Il y a deux sortes de mauvaises idées au sujet du respect.

D'abord, nous pourrions penser que le respect est un obstacle à l'amour. Mais le véritable amour et le respect authentique vont toujours de pair. Pensez aux parents à la naissance de leur premier enfant : ils sont remplis d'un amour profond, mais aussi d'un grand respect, d'une sorte d'effroi presque devant le mystère de ce petit enfant qui vient de naître. Pensez aussi au soldat qui est au front, loin de la maison, affrontant la mort à chaque instant. Va-t-il traiter la photo de sa femme et de ses enfants avec négligence, comme si c'était un vulgaire morceau de papier ? Non, il va la toucher avec respect, justement parce qu'il aime sa famille si profondément. De la même manière, un véritable respect fait partie intégrante de notre relation avec Jésus et n'empêche aucunement notre amour pour lui, bien au contraire.

La deuxième fausse idée est que le respect pourrait bloquer notre relation avec Jésus parce qu'il est trop formel. Comme catholiques, il est vrai, nous utilisons plusieurs gestes formels, mais ils ne doivent par être pour autant des "formalités". Par exemple, nous faisons la génuflexion quand nous arrivons en présence du Christ dans une église, ou au moment de la consécration. Si nous faisons une génuflexion à la va vite, ce geste perd sa signification et devient ridicule. Mais si nous faisons la génuflexion simplement, mais en y mettant tout notre coeur, elle devient une belle prière qui nous rend davantage conscient de la présence aimante de Dieu. Les gestes formels peuvent ainsi favoriser notre relation avec le Christ, en ouvrant nos coeurs à la puissance transformante de sa grâce, si nous le voulons bien.

Dans ce monde envahi par le relativisme, nous devons faire un sérieux effort pour développer un vrai sens du respect envers le Seigneur. Une excellente résolution, en cette fête du Baptême de Jésus, pourrait être d'ajouter pour cela deux fêtes à notre calendrier personnel. Voilà quelque chose qui n'est pas compliqué ! Cela nous rappelle que Dieu n'est pas contre la fête. Au contraire, c'est lui qui a inventé la fête !

Premièrement, nous devrions célébrer l'anniversaire de notre baptême avec au moins autant de joie que l'anniversaire de notre naissance. La naissance, c'est important, mais notre baptême encore davantage. C'est notre naissance à la vie éternelle. Le baptême est le sacrement qui fait de nous des enfants de Dieu et des citoyens sur Royaume du Christ. C'est l'entrée dans la vie éternelle. Quand Jésus se fait baptiser, cela montre qu'il veut partager notre nature humaine pour nous libérer de nos péchés en les prenant sur lui. Ce désir s'est réalisé pour chacun de nous au moment où nous avons reçu le sacrement du baptême. Quand nous avons été baptisés, nous avons échangé l'héritage du péché originel pour un partage de la vie même de Dieu. C'est le début d'une aventure éternelle.

Deuxièmement, nous devrions célébrer la fête de notre saint patron comme une grande fête. Le jour de notre baptême, nous avons été placés par nos parents sous la protection d'un saint patron(en principe, du moins), de quelqu'un qui, tout au long de son passage sur terre, a grandi dans l'amitié avec Jésus et qui veut nous aider à parvenir à bon port, nous aussi, dans l'éternité. Il peut nous enseigner à avoir un grand sens du respect de la bonté et de la majesté infinies de ce Dieu qui nous a créés et qui nous attend dans sa Maison pour une éternité de bonheur.

Wenceslas Maranatha pacombe 31/08/2013 04:31

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