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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

Homélie pour la commémoration des défunts 2007: Prier pour les âmes abandonnées du purgatoire (Jn 11, 17-27)

dominicanus #Année C (2006 - 2007)

Lectures pour la commémoration des défunts (2 novembre)

    Hier, en la solennité de tous les saints, notre méditation nous a conduits à répondre d'abord à la question d'un sondage : "Pour les hommes, quelle est la signification de la Toussaint ?". Ensuite, à la lumière de la Parole de Dieu et de la Tradition de l'Église, nous avons essayé de répondre à une autre question : "Et pour nous, chrétiens, que représente la Toussaint ?"

    Aujourd'hui, c'est la commémoration des défunts qui nous rassemble. En ce jour, nous pouvons répondre à cette même double question : pour les hommes ..., et pour vous, quelle est la signification de la commémoration des défunts le 2 novembre ?

    Pour répondre à la première question, nous pouvons nous arrêter d'abord à la deuxième lecture où saint Paul dit aux chrétiens de Thessalonique qu'il ne veut pas les laisser

dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort.

Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance.

    Nous qui sommes ici ce matin, il ne faut pas que nous soyons comme "les autres", quand ils sont, comme nous, confrontés à la mort. Qui sont "les autres" ? Pour les Thessaloniciens, ce sont les païens, bien sûr. Dans la première lecture, où il est question des cas de mort tragique d'enfants ou de jeunes,  ils sont désignés par "les gens" :

Les gens voient cela sans comprendre ; il ne leur vient pas à l'esprit que Dieu accorde à ses élus grâce et miséricorde, et qu'il veille sur ses amis.

    Nous trouvons donc ici le même contraste que dans le passage de l'évangile de la confession de foi de saint Pierre :

Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? ... Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? (Mt 16, 13.15)

    Mais ici, les hommes, manifestement, ce ne sont pas les païens seulement. Ce sont aussi les Juifs, ceux qui pensent que Jésus est Jean Baptiste, ou Élie, ou encore un des prophètes.

    Nous connaissons la réponse de Pierre à la deuxième question que Jésus pose à ses disciples. Mais à l'occasion de la mort de Lazare, quand Jésus arrive à Béthanie, il provoque indirectement chez Marthe, la soeur de Lazare, une autre réponse à cette même question :

Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.

    En tant que Juive croyante, Marthe savait que son frère ressusciterait :

Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection.

    Marthe "sait". Elle n'est pas dans l'ignorance. Et elle n'est pas comme "les gens" qui se scandalisent de la mort prématurée de l'un des leurs. Mais Jésus veut la faire grandir dans sa foi :

Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

    Ce "cela" indique la nouveauté, le passage de la foi juive à la foi chrétienne.

    Il est vrai que pour nous, aujourd'hui, nous sommes amenés à connaître et à fréquenter davantage les païens que les Juifs. Hier soir, vous avez, comme moi, pu regarder le journal télévisé sur une chaîne locale. J'ai été effaré de voir qu'à l'occasion de la Toussaint, on n'avait pas trouvé mieux que d'inviter sur le plateau, oh pas n'importe qui ! ... une professeur de la Sorbonne ! ... pour parler de ... la réincarnation. On est en train de nous voler nos fêtes chrétiennes ! Allons-nous rester sans réagir ? Interrogée par la présentatrice de ce journal télévisé, cette docte dame a affirmé sans sourciller que la foi en la réincarnation n'avait rien à envier à la foi chrétienne. Vous pouvez constater que même les professeurs de la Sorbonne peuvent être rangés parmi les ignorants.

Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance.

    Ces paroles de saint Paul ne sont pas plus choquantes ni plus désobligeantes aujourd'hui qu'il y a deux mille ans. Elles ne sont pas une marque de dédain ou de rejet. Bien au contraire. Car si nous, chrétiens, nous ne sommes pas dans l'ignorance, nous avons une responsabilité non seulement envers les nôtres, ceux de notre famille, de notre paroisse, etc..., celle de transmettre la foi. Nous avons une responsabilité aussi envers les incroyants, la responsabilté du témoignage chrétien. Ce n'est pas parce que le mois de novembre vient de commencer que nous pouvons oublier tout ce que l'Église nous a rappelé tout au long du mois d'octobre, à savoir notre responsabilité missionnaire de transmettre ce que nous avons reçu, de le transmettre non seulement à nos enfants, mais aussi aux incroyants, par exemple à ceux qui croient à la réincarnation.

    Et puisque nous sommes rassemblés afin de prier pour les âmes du purgatoire, ne prions pas seulement pour celles de nos familles, de nos frères et soeurs dans la foi. Cela, nous sommes supposés le faire tous les jours de l'année. Mais la commémoration des défunts a été instituée afin d'inviter les chrétiens à ne pas oublier dans leur prière pour les défunts les âmes du purgatoire pour lesquelles personne ne prie (cf. le texte de Jacques de Voragine qui sera publié samedi sur ce blog).

    À ce sujet je vous signale que pour la bénédiction d'un nouveau cimetière, où seront ensevelis non seulement des catholiques, mais aussi des frères et soeurs d'autres confessions chrétiennes et des non-croyants, l'Église dit ceci :

L'Église, qui tient le cimetière pour un lieu sacré, veille à ce que soient bénis les nouveaux cimetières établis par la communauté catholique ou par les pouvoirs publics dans les pays catholiques ; elle demande aussi qu'on y dresse la Croix du Seigneur, signe d'espérance et de résurrection pour tous les hommes.

Les disciples du Christ "ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes" (Épître à Diognète, 5), ils adoptent les mêmes usages que ceux qu'ils fréquentent : ils prient donc le Père céleste pour tous les hommes, ceux qui sont morts dans la paix du Christ et ceux "dont Dieu seul a connu la foi" (Missel romain, Prière eucharistique IV).

C'est pourquoi dans leurs cimetières les chrétiens inhument et honorent les corps non seulement de ceux qui sont devenus frères par la foi, mais aussi de ceux qui sont de la même condition humaine : en versant son sang pour tous les hommes, le Christ les a tous rachetés sur la croix.

(Livre des Bénédictions, 1115)

C'est pourquoi aussi, lors de la bénédiction des tombes après la Toussaint, dans la prière d'intercession, l'Église prie

pour tous les défunts, afin que Dieu ne rejette pas ceux qu'il a créés par amour (ibid. 1136 K)

C'est ce que nous faisons à chaque eucharistie. C'est encore ce que nous ferons tout à l'heure au cimetière.
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