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Homélies catholiques de la Martinique
les homélies d'un prêtre catholique en paroisse, ayant prêché de nombreuses retraites en foyer de charité

5 Pâques B 2006 : La vigne ou le feu (Jean 15, 1-8)

dominicanus #Année B (2005 - 2006)
    Pour méditer la Parole de Dieu dans l’évangile de ce 5e dimanche de Pâques, revenons un peu en arrière. À Pâques, nombreux ont été ceux et celles qui sont né(e)s à la vie divine par la foi et le baptême. Mais ensuite l’'Église nous apprend à prier pour que ces nouveaux enfants soient "fidèles toute leur vie au sacrement qu’ils ont reçu dans la foi" (prière d’ouverture de la messe du lundi de Pâques).

    De même, nous tous qui avons été aspergés de l’eau pascale avec eux, nous avons demandé à Dieu que cette eau "rappelle notre baptême", qu’elle "nous fasse participer à la joie de nos frères les baptisés de Pâques" et "nous garde fidèles à l’Esprit que nous avons reçu" (liturgie de la bénédiction de l’'eau).

    Or, tout comme les premiers disciples, passée l'’euphorie de Pâques, nous avons pu faire l’'expérience, d'’une manière plus ou moins douloureuse, de la lenteur de notre foi, d’'autant plus que nous sommes plus âgé(e)s, que les années et les fêtes de Pâques se suivent, sans que nous fassions apparemment beaucoup de progrès. Souvent même, les épreuves de la vie et notre propre tiédeur menacent d’éteindre la petite flamme vacillante du cierge que nous tenions dans nos mains, il y a quelques semaines.

    Pourtant, de dimanche en dimanche, d’'eucharistie en eucharistie, même les jours de semaine, si nous voulons, Jésus veut nourrir notre foi pour la faire grandir, pour la fortifier, afin que nous soyons fidèles et que la vie divine reçue au baptême puisse s’'épanouir et porter beaucoup de fruit.

    S. Ignace d'’Antioche écrivait aux chrétiens d’Ephèse :
Ayez soin de vous réunir plus fréquemment, pour l’'eucharistie et la louange de Dieu. Car, lorsque vous vous rassemblez souvent, vous renversez les puissances de Satan et la concorde de votre foi détruit son œuvre de ruine.
    Est-ce que nous en ressentons vraiment le besoin, au moins le désir ? Ou la messe du dimanche est-elle une obligation à laquelle nous nous soumettons, un minimum dont nous nous contentons, profitant d’ailleurs du moindre prétexte pour nous dérober ?

    Aujourd’hui, Jésus nous dit :
Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu’il en donne davantage.
Ceux qui ne croient pas sont simplement coupés, enlevés ; ceux qui croient sont émondés sans relâche jusqu’à ce que leur foi, proclamée et mise en œuvre, en soit totalement purifiée,
commente J. Van den Bussche.

    Le Père purifie les sarments de la vigne par la parole de Jésus :
Déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite…
    La foi ne nous a pas été donnée une fois pour toutes, comme un vêtement que nous recevrions en cadeau et que nous mettrions à certaines occasions, quand nous en avons envie,
elle est la réponse aux exigences de la Parole qui veut être reçue comme une semence de renaissance et comme un germe de vie destinée à croître en nous continuellement. La parole est, en effet, un principe dynamique de purification qui détruit toute opposition, toute séduction adverse. (id.)
    Dimanche dernier nous avons prié pour les vocations. Eh bien, ceux qui répondent à l’appel du Seigneur sont purs. Cela ne veut pas dire qu’ils sont parfaits et sans péché ! On le voit très bien chez les apôtres, et l’évangile ne nous cache pas leurs défauts et leurs misères, leur manque de foi aussi. Mais ils ont suivi le Seigneur, non de leur propre initiative, par curiosité ou par goût de l’aventure, mais par obéissance à la Parole :
Viens et suis-moi.
    Remarquons qu’ici, Jésus ne parle pas de la purification par la souffrance. Les douze n’ont pas encore eu à subir de grandes épreuves, non ! Et ils ne sont pas purs non plus simplement parce qu’ils ont tout quitté pour suivre Jésus. Ils sont purs parce que, conscients de leurs faiblesses et sans bien comprendre, ils ont obéi à un appel du Seigneur :
Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets (Lc 5, 5).
    Nous aussi, avec toutes nos misères et nos échecs, nous sommes foncièrement purifiés par la parole, quand nous nous abandonnons à ce que le Seigneur nous demande, sans comprendre où cela va nous mener.

    Un prêtre que je connais, devenu évêque, répétait au Seigneur ces paroles du psaume 68 (69) qu’il lui adressait à son ordination sacerdotale : "Seigneur tu connais mes faiblesses et mes fautes ne te sont point cachées." Et malgré cela, il est devenu prêtre, et ensuite évêque. Votre serviteur aussi, et dès le premier jour où il a entendu l’appel du Seigneur pour devenir prêtre, lui a dit : "Seigneur, je n’y comprends rien, je n’en ai pas du tout envie, et selon moi tu fais une bêtise ; mais à toi de voir : tu sais ce que tu fais.".

    Et cela est vrai, au fond, non seulement pour les diacres, les prêtres et les évêques (les trois degrés du sacrement de l’ordre), mais pour tout baptisé. Tout baptisé est appelé par le Christ à croire en lui, à lâcher prise, et à produire du fruit. Le baptême est notre vocation fondamentale et commune. D’ailleurs, dans l’allégorie de la vigne, l’on dirait qu’il n’y a aucune hiérarchie entre les sarments. Ce qui est important, c’est que chaque sarment porte du fruit, en obéissant chacun à la parole de Jésus pour lui, et en portant du fruit, chacun selon sa vocation !
Déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous.
La vocation, il ne suffit pas d’y répondre une seule fois. "Ô Marie, apprends-nous à dire oui au Seigneur, Ô Marie, chaque instant de notre vie", chantons-nous dans un beau cantique. Le 13 mai est la fête de Notre-Dame de Fatima, et cette année le 25e anniversaire de l’attentat contre Jean-Paul II, place Saint-Pierre. La Vierge Marie n’a pas été seulement celle qui a dévié la trajectoire de la balle ; elle a été aussi celle qui, au chevet de son fils qui lui disait tous les jours "Totus tuus", lui a appris à renouveler son oui.

    C’est bien connu (?) : il ne suffit pas de se marier un jour, il faut se marier chaque jour à nouveau (avec la même personne, bien entendu !). Il en va de même pour chaque vocation :
Demeurez en moi, comme moi en vous.
    Nous avons vu ce que cela voulait dire pour Thomas, pour les disciples d’Emmaüs… Sa présence parmi eux ne se limite pas à ses apparitions, et quand il ne leur apparaît plus, Jésus ne les abandonne pas. Il faut qu’eux aussi demeurent en Jésus comme lui en eux. Leur lien avec Jésus est appelé à se resserrer sans cesse. Ils ne pourront porter du fruit qu’à cette condition. Ce qui veut dire que la sève qui passe de la vigne aux sarments n’arrête pas de couler après l’Ascension de Jésus. Sarments et vigne ne forment qu’un tout qui est indissociable et pour toujours.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors, et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. 
    L’on peut avoir été uni au Seigneur (par le baptême et la foi) pendant des années, comme baptisés, comme laïcs engagés, comme prêtres, religieux… et ensuite se détourner de lui. Ceux-là sont jetés dehors et ils se dessèchent.
Déjà vous voici nets et purifiés :
quel encouragement, quelle consolation ! Mais aussi :
Les sarments secs on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent :
quelle menace !

    Il s’agit de ceux qui se sont détournés. À un moment donné, au lieu de dire oui, ils ont dit non. Ils sont devenus impurs. Peut-être le Seigneur, après leur avoir demandé de faire quelque chose, leur a-t-il demandé d’arrêter de le faire. Et ils ont continué, refusant de laisser la place à d’autres. Et ils ne sont plus les mêmes qu’avant. Ils peuvent continuer à "pratiquer", à faire leur travail comme des fonctionnaires, comme un vieux couple qui ne s’aimerait plus, mais qui resterait ensemble dans la routine. Mais "ils se dessèchent", et finalement "on les jette au feu".

    "On", qui est-ce ? Dieu ? l’Église ? Parfois l’Église, par l’excommunication, mais pas nécessairement. Car Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Et il se peut que quelqu’un qui a d’abord dit oui au Seigneur, lui dise ensuite non, tout en sauvant les apparences. Extérieurement il peut continuer de montrer une façade chrétienne. Il peut même continuer à participer activement à des chorales ou des mouvements d’apostolat et des œuvres sociales de toute sorte. Mais ce n’est qu’une façade. Intérieurement, il n’est plus en relation vivante avec son Seigneur, puisqu’il lui a dit non. Personne d’autre ne peut dire pourquoi. C’est un secret entre Dieu et lui. (Et inversement, quelqu’un peut être en délicatesse avec les autorités ecclésiastiques et être sanctionné injustement, tout en étant sur le chemin d’une sainteté authentique, parce qu’il reste dans l’obéissance et l’amour de l’Église.
   
    Je pense ici notamment au Padre Pio, au Cardinal de Lubac, à Anne-Marie Javouhey, ou à de nouveaux convertis comme le Cardinal Newman … et Saint Paul (!)

    S. Augustin commente ainsi l’allégorie de la vigne :
Les sarments de la vigne sont tout à fait méprisables s’ils ne sont pas unis à la vigne ; et ils sont très appréciables s’ils le sont… Si on les coupe, ils sont inutiles et pour le vigneron et pour le menuisier. Pour les sarments, de deux choses l’une : ou la vigne ou le feu. S’ils ne sont pas sur la vigne, ils vont au feu : pour ne pas aller au feu, qu’ils restent unis à la vigne.
Alors prions avec toute l’Église :
Dieu qui nous as recréé par le baptême, fais-nous vivre toujours davantage du mystère pascal : que ta grâce nous accorde de porter beaucoup de fruit et de parvenir aux joies de la vie éternelle. " (prière d’ouverture du samedi de la 4e semaine de Pâques)
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